La bombe Haussler
Auteur d'un gros début de saison, Heinrich Haussler a incontestablement franchi un cap. Au point que le puissant sprinter allemand de l'équipe Cervelo figure parmi les principaux favoris du Tour des Flandres, dimanche. Lui se sent capable de jouer la gagne en tout cas.
Si vous avez une petite pièce à mettre pour le Tour des Flandres dimanche, il pourrait ne pas être idiot de la mettre sur Heinrich Haussler. Certes, il n'a pas encore la renommée ni le palmarès d'un Boonen, d'un Pozzato ou même d'un Devolder, mais l'Allemand est en passe de s'imposer comme un personnage incontournable du peloton. Si sa cote monte en flèche ces derniers temps, c'est que son début de saison impressionne, par la qualité et la régularité de ses performances. Il ne lui manque plus désormais qu'une victoire dans une grande classique pour changer définitivement de catégorie.
Le coup est passé bien près à Sanremo, où il fut le seul à rivaliser avec Mark Cavendish dans le sprint final, s'inclinant finalement d'un cheveu. "Heinrich a démarré pour emmener Thor Hushovd dans les meilleures conditions, raconte Jean-Paul Van Poppel, le directeur sportif de Cervelo. Mais il est tellement fort actuellement que personne n'a pu prendre sa roue. Il a ralenti aux 100 mètres et Cavendish a fini par le remonter. C'est la course... " Frustré mais conforté dans sa conviction qu'il peut rivaliser avec tout le monde, Haussler veut maintenant sa part de gloire. Il ira la chercher dans les 10 jours qui viennent sur les classiques du Nord, du Tour des Flandres à Paris-Roubaix en passant par Gand-Wevelgem.
Ce statut de prétendant, il l'a longtemps attendu. Après son éclatante victoire d'étape sur la Vuelta, en 2005, à seulement 21 ans, Haussler tardait à confirmer l'évidence de son potentiel. Quelques jolies perfs, de ci de là, comme son succès à Roanne lors du Dauphiné en 2007. Mais pas de constance sur la durée. "J'ai eu des problèmes au dos et au genou ces dernières années, a-t-il expliqué à nos confrères de Cyclingnews. Maintenant, tout ça est derrière moi. L'année dernière, ça allait déjà un peu mieux et aujourd'hui je suis à 100%. Après, c'est une question de confiance."
La sienne est visiblement maximale. Le voilà pris dans un cercle vertueux. Quand les jambes tournent bien, la tête suit. "Je n'ai pas connu un seul jour sans cette saison, reprend l'ancien espoir de Gerolsteiner. Grâce, sans doute, à ce stage de trois semaines à Saint-Moritz, cet hiver, où il a multiplié les séances de travail entre deux sorties à ski de fond. Une intersaison titanesque en forme de crève-coeur, puisqu'elle l'a privé d'un séjour en Australie, son pays natal, où il a vécu jusqu'à l'adolescence, avant de venir en Allemagne. Toute sa famille vit encore là-bas.
Mais ce sacrifice n'aura pas été inutile. Il en titre aujourd'hui les bénéfices. Plus encore qu'il ne l'aurait cru. " Je ne pensais pas tenir cette forme aussi longtemps, mais je récupère très bien entre les courses. J'espère que je vais garder cette condition jusqu'à Paris-Roubaix." Si tel est le cas, il y a toutes les raisons de croire qu'il sera dans le coup en ce mois d'avril. Dès, dimanche, sur le Ronde, il sera surveillé de très près. Pour sa cinquième participation (déjà!), il devrait jouer un rôle plus proéminent que lors des précédentes éditions. De ses premiers voyages sur le Tour des Flandres, le jeune Allemand conserve un souvenir intense.
Son dépucelage date du printemps 2005, alors qu'il n'était professionnel que depuis quelques mois. "Ici, les fans sont absolument incroyables. On ne voit ça nulle part ailleurs, à part sur le Tour de France. J'adore cette course. C'est la plus importante de l'année pour moi", estime-t-il. Peut-elle le consacrer dès cette année? Il répond, à sa façon: "Si vous regardez les résultats que j'ai obtenus ces dernières semaines... je ne dis pas que je peux gagner, mais si je suis au top, que l'équipe est derrière moi et que tout se passe bien, tout est possible. " Cela fait beaucoup de conditions, mais Haussler aurait bien tort de ne pas y croire.
Eurosport